KELVIN AGENTK

Développement – Economie – Gouvernance du point de vue d'un jeune africain

Soyez les héros de vos voisins

Il était lundi. Il sonnait 2h 34 minutes à ma montre. Il pleuvait comme jamais auparavant et le tonnerre faisait sa capricieuse, me montrant comment il pouvait résonner. J’étais dans la nuit, réfléchissant à comment j’allais me préparer pour la journée. Il serait difficile d’aller à l’université avec l’état des routes et ce sera pire avec cette pluie diluvienne. Pour passer le temps, je faisais des statuts sur Whatsapp. Aussitôt fait, que j’ai reçu le message de réponse d’une amie.

« La clôture est tombée. Nous avons besoin d’aide. Viens nous aider je t’en supplie.»

Moi je ne comprenais rien. Quelle clôture ? De quoi parlait-elle ? Etait-elle entrain de me faire une blague ? Pourquoi m’envoie-t-elle ce genre de message ? Je lui demande alors :

« De quoi parles-tu ? Quelle clôture est tombée ? »

« La clôture de la maison est tombé», me répond-t-elle. « Tous nos affaires sont dans l’eau et personne ne répond à nos cris. Je t’en supplie… »

Elle m’envoie encore :

« L’eau monte au niveau du compteur électrique. Qu’est-ce qu’on va devenir… »

Comme vous l’avez compris, la pluie avait fait des malheureux. La maison de mon amie était inondée, la clôture était tombée et l’eau montait rapidement. Face à son alerte je n’avais pas beaucoup de choix à faire. D’un côté je ne pouvais pas la laisser en détresse. Et si le pire se produisait ? D’un autre côté c’était très dangereux de sortir sous cette pluie et seul à cette heure de la nuit. Il ne fallait pas que je prenne une décision stupide. Elles avaient besoin d’aide et personne ne semblait répondre à leurs cris de détresse. J’ai donc enfilé un pull et un pantalon, pris un parapluie et des bottes. Sa maison était à environ 500 mètres de ma maison. J’avais peur.

Il y avait un lit d’eau qui s’était formé dans la ruelle devant sa maison. J’étais devant toute l’étendue d’eau froide et sale. Je me demandais s’il fallait me lancer ou pas. Et si je me noyais ? (Non, Je ne sais pas nager)

Je suis rentré dans l’eau, un bâton dans une main et mon parapluie dans l’autre. Plus je m’enfonçais dans le ruelle, plus l’eau montait. J’avais fait à peine dix mètres que l’eau me montait jusqu’à l’épaule et pourtant je fais 1,81 mètres de taille.

J’ai nagé ou marché dans l’eau et je suis arrivé à destination en un seul morceau. La scène était épouvantable. L’eau était rentrée dans la toutes les chambres de la maison. La télévision, les placards, les ordinateurs,… rien n’a pu être sauver. Heureusement que le compteur électrique avait déjà été disjoncté par le voisin qui est venu plus tard, pris de pitié devant les cris.

Au final, il y a eu plus de peur que de mal. Il sonnait déjà 4h du matin et on est tous allé dans la maison d’un membre de leur famille. C’est là-bas que je suis resté jusqu’au levé du soleil.

Quand je suis rentré chez moi, j’ai pensé à toutes ces familles sinistrées dans le quartier et ailleurs. Pour ceux qui ont eu de l’aide ils ont pu s’en sortir mais d’autres n’ont pas eu cette chance ?

Voici où je veux en venir.

A cause du réchauffement climatique, la météo se comporte comme une folle qui a faim. Elle fait ce qu’elle veut et se montre agressive. Nous en sommes tous coupable ! Mon quartier ou mon pays n’est pas le seul dans la situation. Avez-vous déjà oublié ce qui s’est passée en Côte d’Ivoire et en Sierra Leone ?

Il faut accélérer les mesures prises à partir de maintenant. Pendant qu’on attend, les habitants se noieront progressivement. Des familles seront déplacées, d’autres n’auront plus de maison et d’autres encore vont perdre la vie. La famille de mon amie a eu de la chance. Mais pensez-vous que la vie de quelqu’un doive dépendre de la chance ?

Ce que je propose ?

  • Dire aux gens que les zones dans lesquelles ils habitent présentent des risques et qu’en cas de fortes pluies ou de tremblement de terre, ils courent des risques. C’est important de communiquer sur les conditions géologiques des terres et de rendre les données ouvertes et transparente pour le grand public.
  • Encourager l’économie circulaire pour réduire la déforestation, réduire la production de déchets, encourager le recyclage et la réutilisation des déchets. 
  • Impliquer les jeunes dans le développement local en soutenant leurs initiatives citoyennes s’inscrivant dans le cadre de l’inondation, de la pollution et de l’érosion côtière.
  • Organiser des compétitions entre écoles, organisations et communautés pour soutenir l’innovation locale tout en mettant un point important sur le développement durable. Aucune innovation ne doit impliquer la détérioration de l’environnement ; elle devrait plutôt être dédiée à sauver la planète.

Cela semble n’arriver qu’aux autres jusqu’à ce qu’on soit personnellement touché. Ce soir là, ç’aurait pu être le dernier soir pour mon amie, sa famille ou pour moi. Cette soirée à changer ma vie à bien des égards. Il peut s’agir d’une inondation, d’un cas de pollution ou de l’érosion côtière. Dans ces cas, plusieurs personnes perdent la vie, leur famille, leur maison, leur travail. Ils sont des millions sur les côtes ouest africaines. Ces dégâts ont des conséquences naturelles mais aussi économiques. Ce n’est pas parce qu’on vit au nord du pays que les problèmes du sud ne nous affecteront pas.

« Que seriez-vous prêt à faire pour ne pas perdre un ami ou un parent ? »

Soyez des héros.

Kelvin

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